the Knife

Interviews | 30-03-2006

Cécile et moi avons rencontré le duo suédois the Knife (frère et soeur à la ville) à l’occasion de la sortie de leur troisième album, le sombre "Silent Shout", disque habité de synthétiseurs froids et de chants déshumanisés évoquant la douleur et la peur, dont la chronique par Marion est toujours consultable ici.

Comment a débuté the Knife ?

Karin Dreijer Andersson : On a commencé en 1999 et on jouait tous les deux dans d’autres groupes. On voulait faire un truc ensemble. J’avais quelques idées de chansons. On travaillait sur un ordinateur mais c’était plus pour le fun, on n’avait pas vraiment de plan, et après on a sorti un 45T avec 2 chansons. Au début 2001, on a eu assez de titres pour faire un 1er album. Celui-ci s’appelle juste « the Knife », il n’est jamais sorti en France. Mais on peut l’acheter sur notre site.

Ce nouvel album « Silent Shout » est plus dark que le précédent. Pourquoi ?

Karin Dreijer Andersson : Je pense que l’ambiance est plus comme le 1er album. Cette fois-ci, on n’a pas travaillé sur le format Pop des chansons avec le classique refrain plus couplet. Notre 1er album était plus expérimental que le second « Deep Cuts ». Avec « Deep cuts », nous avons voulu véhiculer nos avis politiques et pour cela, on les a enrobés dans un packaging pop un peu comme Le tigre ou Michael Moore dans ses films pour atteindre une audience plus large. C’est pourquoi il est plus coloré, plus clair. On voulait que tout le monde comprenne ce que nous faisions. D’ailleurs, tout allait dans ses cette direction à l’instar des couleurs vives de la pochette.

Karin, on te voit juste à la fin du clip de « Pass this on » et tu es retrait sur la vidéo de Roskyopp dans lequel pourtant tu chantes. Y a t il une raison à cela ?

Karin Dreijer Andersson : Faire de la musique est pour nous la priorité et cela devrait rester ainsi. Nous ne voulons pas être comme ces artistes qui sont plus mis en avant que leur travail : c’est très loin de ce que voulons faire. On a d’ailleurs adopté ces looks (masques et costumes noirs) pour nous muer à notre musique et pas le contraire : nous nous apparentons à notre vision de nos chansons.

Le dernier clip est très sombre. Quel en a été le départ ?

Olof Dreijer : On travaille toujours avec des artistes. On ne fait pas de très longue réunion avec eux pour nous justifier du sens de nos chansons. Ils interprètent la musique à leur manière. Cette vidéo a été réalisé par Andreass Nilson , avec lequel nous travaillons depuis longtemps. Il était à l’origine de notre toute première vidéo. C’est sa signification de la chanson : ces artistes en comprennent peut être d’ailleurs mieux le contenu que nous mêmes. Il a écoute tout l’album, je pense qu’on peut facilement le voir, notamment par les différents personnages de la vidéo qui pourraient représenter les nombreuses transformations de voix sur le disque.

Karin Dreijer Andersson : Nous ne sommes pas très précis sur ce nous voulions faire mais lui a été très clair. A notre première réunion, il avait apporté cette BD de Charles Burns « Black Hole » dont il s’est inspiré sur ce clip.

Vous dites que vous n’êtes pas très précis sur les idées mais j’ai lu que aviez eu l’idée pour le clip de « Pass This on » (ndlr : réalisé par Johan Renck qui a notamment travaillé avec Madonna).

Karin Dreijer Andersson : Nous ne sommes pas précis sur la signification des chansons. Pour la vidéo de « Pass this on », j’ai eu effectivement l’idée d’inviter cet acteur vu dans les films d’Almadovar. On lui a demandé si il voulait être dans la vidéo. Il a dit oui.

Pourriez vous donner une phrase ou un mot pour résumer l’album ?

Olof Dreijer : Je ne pourrais jamais faire ça . C’est tellement de sentiments à la fois. Je pourrais dire noir mais ce sont aussi toutes les autres couleurs. Je pourrais dire dark mais c’est fun à la fois aussi.

Karin Dreijer Andersson : Peut être que ça deviendra plus clair avec les années.

Jay Jay Johanson apparaît sur l’album.

Karin Dreijer Andersson : J’ai entendu son dernier single Rush à la radio et j’ai pensé que sa voix serait parfaite pour une chanson avec nous. Sa voix est très androgyne et je pensais que ça serait intéressant de la mélanger à une transformation de la mienne. On lui a simplement demandé par le biais d’un ami commun. Il connaissait notre travail. On lui a envoyé la musique avec les paroles que j’avais écrit en lui disant qu’il pouvait chanter le 2eme couplet qu’il a écrit.

Quelles sont vos influences musicales ?

Olof Dreijer : Pour cet album, on a été très sensible à la musique techno ambiant du début des débuts des années 90’s comme Carl Graig.

Karin Dreijer Andersson : Aphex Twin.

Olof Dreijer : Beaucoup de techno minimale.

Karin Dreijer Andersson : Cela dit, Je ne nous vois pas comme des artistes dance ou techno. On aime raconter de petites histoires qu’on illustre avec de la musique électronique.

Olof Dreijer : Nos influences proviennent également du cinéma comme celui de David Lynch.

Pourquoi les voix sont souvent transformées sur votre musique ?

Karin Dreijer Andersson : C’est pour maximiser l’impact des chansons. Les paroles viennent toujours après la musique. Plus souvent sur celui-ci que le précèdent, on transforme les voix pour incarner différents personnages. On aime travailler avec cela. C’est intéressant de jouer avec les genres si c’est un homme ou une femme qui chante.

Vous ne faites jamais de scène. Pourquoi ?

Karin Dreijer Andersson : On l’a fait une fois, l’an passé à Londres. On est en train de travailler sur une nouvelle tournée (ndlr : qui débute début avril). Mais la plus grande difficulté pour nous est de trouver les visuels. La musique est déjà là, on ne va pas la jouer d’une manière différente.

Olof Dreijer : Il y aura un écran. On portera les masques (ndlr : ils insistent qu’ils ne veulent pas être reconnus). Les visuels seront assurés par Andreas.

Est-ce que vous pensez déjà au second single ?

Olof Dreijer : Ca sera Marble House, le duo avec Jay Jay Johanson.

Vous avez produit récemment Jenny Wilson (ndlr : qui chantait sur leur single « You Take My Breath Away » et dont l’album « Love & Youth » est excellent). Avez-vous l’intention de produire d’autres artistes ?

Karin Dreijer Andersson : C’était la première fois que nous produisions une autre artiste sur notre label. Mais nous n’allons pas le faire dans un futur proche. On souhaite se focaliser sur notre musique. On travaille très doucement donc il nous faudrait du temps pour cela.

Que pensez vous de la scène suédoise ?

Olof Dreijer : A Berlin, on peut dire qu’il y a une scène. A Stockholm, la situation est bonne pour la créativité mais on ne peut pas dire qu’il y ait une scène suédoise.

Karin Dreijer Andersson : Ce qui sort chez nous n’est pas très expérimental, c’est très poppy, ça suit les modes du moment. Et puis, la Suède est un pays tellement petit, si vous voulez vous révolter contre cette culture de masse, vous allez vous sentir un peu seul.

par Arno